Monthly Archives: December 2015

Grégoire Haddad. L'évêque avant-gardiste s'éteint à 91 ans

Tout au long de son histoire contemporaine, le Liban a souvent eu le rôle, peu glorieux pour les uns, flatteur pour les autres, de laboratoire du monde arabe. Un rôle de circuit d’entraînement où les décideurs testent des projets, des idées. Terre d’intrigues, de complots et de conspirations, il a vu les puissances régionales et internationales régler leurs comptes sur son sol, avec, comme carburant, la chair et le sang de ses fils. Certaines séquences du long processus du dépeçage de l’Empire ottoman ont été jouées au Liban, au XIXe siècle. Un des épisodes de la fondation de l’Etat d’Israël, l’exode des Palestiniens en 1948, s’est acté sur son sol. C’est aussi le Liban qui a payé le plus lourd tribut du désengagement de l’Egypte du conflit israélo-arabe, avec la guerre civile de 1975, dont les liens avec la négociation et la signature des accords de Camp David n’ont pas été assez explorés par les historiens.Le présent est comme le passé. Il devient, aujourd’hui, de plus en plus clair que l’élection présidentielle est organiquement liée à l’évolution de la situation en Syrie. Décrypter ce lien est indispensable pour deviner ce que peut nous réserver l’année 2016. L’attitude du Hezbollah à l’égard de la candidature de Sleiman Frangié à la présidence de la République est particulièrement éclairante. Le moins que l’on puisse dire c’est que le parti de Hassan Nasrallah ne semble pas pressé de mettre fin à la vacance présidentielle, sinon il aurait saisi au vol l’initiative de Saad Hariri de faire élire un de ses plus fidèles alliés. En revanche, le Courant du futur s’impatiente et a montré qu’il est disposé à faire de sérieuses concessions, en proposant le nom de M. Frangié.Le Hezbollah n’est pas mécontent de l’éventuelle élection de Sleiman Frangié. Au contraire, cette option lui paraissait inespérée, il y a seulement quelques mois. Mais il estime que le moment n’est pas encore venu de débloquer la présidentielle libanaise. Et ce moment ne viendra pas tant que l’évolution de la situation en Syrie ne se précisera pas. Les grandes lignes du règlement de la crise syrienne ont été agréées entre les Etats-Unis, la Russie et l’Iran, et ont été consignées dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée à l’unanimité le 18 décembre dernier. Ce texte contient un calendrier précis et l’esquisse d’un mécanisme d’application, bien que beaucoup de détails restent à régler. La résolution «appuie un processus politique dirigé par les Syriens et facilité par l’Onu, qui met en place, dans les six mois, une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire, et arrête un calendrier et des modalités pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution, et se dit favorable à la tenue, dans les 18 mois, d’élections libres et régulières, conformément à la nouvelle Constitution, qui seraient conduites sous la supervision de l’Onu». Par ailleurs, le texte ne fait aucune allusion au sort réservé au président Bachar el-Assad.Avant de débloquer la présidentielle libanaise, le Hezbollah, et avec lui l’Iran, veulent s’assurer que le processus politique en Syrie est bien mis sur les rails et qu’il est irréversible. Il faudra donc attendre les premiers mois de 2016 pour que l’image s’éclaircisse en Syrie, afin qu’elle se décante au Liban.Entre-temps, le pourrissement des institutions continue, la crise économique s’aggrave, la sécurité est fragilisée, la crise des déchets reste sans solution et le nombre de non-Libanais ne cesse d’augmenter. Il y aurait aujourd’hui au Liban 2,5 millions d’étrangers pour 4 millions de Libanais. Quels arguments peut-on encore avancer pour convaincre les jeunes qu’il y a toujours un espoir et qu’ils peuvent imaginer leur avenir dans leur pays? Aucun, sinon que le Liban fait preuve d’une capacité de résilience exceptionnelle, et que pour beaucoup moins que cela, d’autres Etats ont disparu de la carte du monde.


 Paul Khalifeh

Mort de Mgr Grégoire Haddad, « l'évêque rouge » du Liban

Mgr Grégoire Haddad, archevêque émérite de Beyrouth des grecs-catholiques, est mort dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 décembre à l’âge de 91 ans. Surnommé « l’évêque rouge », il était l’une des personnalités religieuses les plus controversées de l’histoire contemporaine du Liban, rapporte le quotidien L’Orient-Le Jour.

Né en 1924 dans une famille modeste de Souk el-Gharb (Mont-Liban), Nakhlé Haddad était le fils d’un protestant enseignant dans une école privée.

Se destinant très tôt à la prêtrise, il avait fait ses études de théologie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et avait été ordonné prêtre dans l’Église melkite en 1949, prenant alors le prénom de Grégoire. Il s’engage très vite dans l’action sociale, fondant, à la fin des années 1950, le Mouvement social qui poursuit son action jusqu’à aujourd’hui.

Style de vie simple et modeste

Nommé évêque auxiliaire de Beyrouth des melkites en 1965, il participe à ce titre à la quatrième session du concile Vatican II et sera l’un des signataires du « pacte des catacombes ».

À lire > 50 ans après le « Pacte des catacombes »

En 1968, il est nommé archevêque de Beyrouth et Byblos, l’une des fonctions les plus importantes au sein de la communauté melkite, après le patriarche, en raison du poids politique, social, économique et religieux que représente ce diocèse au Liban.

Réputé pour son style de vie simple et modeste, il rejette l’apparat des évêques orientaux, se déplaçant en taxi collectif et travaillant à la réforme de son diocèse dans la ligne du concile.

Vatican II

Il fonde ainsi des conseils paroissiaux pour stimuler la participation des laïcs à la vie de l’Église, instaure un système de services paroissiaux gratuits pour les baptêmes, mariages et obsèques, en contrepartie d’une contribution volontaire de la part des paroissiens.

Ces contributions étaient versées à une caisse commune des paroisses du diocèse, répartie ensuite à égalité entre paroisses riches et paroisses pauvres, ce qui lui aliénera une partie du clergé de son diocèse et des grands notables de sa communauté.

À la veille de la guerre libanaise, il prend aussi le parti des organisations palestiniennes, après le bombardement par l’aviation libanaise des camps de Beyrouth, en 1973.

Évincé du diocèse de Beyrouth par le synode melkite

L’année suivante, il publie dans la revue culturelle Afaq, qu’il a créée, une série d’articles révolutionnaires dans lesquels « il prône une réflexion profonde et radicale portant sur la pratique de la foi chrétienne, la place de l’institution de l’Église, et le rôle du clergé, en s’interrogeant sur leur réelle conformité à l’enseignement du Christ, qu’il place comme “valeur absolue” », rappelle L’Orient-Le Jour.

Ses écrits mobilisent les jeunes et la société civile, mais provoquent une vive réaction de son patriarche Maximos V Hakim et d’une partie du clergé qui l’accusent de remettre en cause la foi chrétienne et en appellent à Rome.

Placé en congé dans l’attente du verdict pontifical, il sera finalement évincé du diocèse de Beyrouth par le synode melkite, alors même que Rome jugera que les articles incriminés ne portent nullement atteinte à la foi catholique.

Cet ami de l’abbé Pierre continuera alors son travail, s’engageant aussi pour le dialogue interreligieux – il était ami avec l’imam chiite Moussa Sadr, fondateur du mouvement Amal, concurrent du Hezbollah – et militant pour le mariage civil et la laïcité.

« L'évêque pour après-demain », Grégoire Haddad, s'est éteint

L’ancien archevêque grec-catholique de Beyrouth et de Jbeil, de 1968 à 1975, Mgr Grégoire Haddad, s’est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi, à la Maison Notre-Dame de Hadeth, à l’âge de 91 ans.
Le « père Grégoire », comme aimaient à l’appeler ses proches et tous les jeunes qui ont travaillé avec lui pendant de nombreuses années dans le domaine social, est connu pour ses idées (très) avant-gardistes concernant la pratique de la religion chrétienne. D’où le surnom « évêque rouge » que certains intellectuels lui ont attribué. À cet égard, et du fait de la portée de ses écrits, sa renommée a dépassé largement le cadre des frontières libanaises au point que le quotidien Le Monde lui a consacré dans son édition du 2 juin 1974 un article intitulé « Un évêque pour après-demain ».


Dans une série d’articles publiés en 1974 et 1975 dans la revue Afaq (« Horizons »), à caractère culturel et spirituel, qu’il avait lancée avec un groupe de prêtres et d’intellectuels, Grégoire Haddad prônait un retour aux sources au niveau de la chrétienté, en ce sens qu’il soutenait qu’il ne devrait y avoir sur le plan de l’exercice de la foi que deux « critères absolus », le Christ et l’Homme. Toute position au sujet des pratiques chrétiennes ou des structures et de la hiérarchie de l’Église devrait être définie en fonction uniquement de ces deux critères. Pour le père Grégoire, tout ce et tous ceux qui sont en contradiction avec les critères en question peuvent être remis en question et faire l’objet d’un débat, même s’il s’agit d’une haute autorité religieuse ou d’une pratique populaire largement répandue.


Cette position peu commune a valu à Mgr Grégoire Haddad une campagne à grande échelle (en 1974-1975) de la part du patriarche de l’époque, Maximos Hakim, et d’une partie des évêques qui ont saisi le Vatican de ce que la presse avait alors appelé « l’affaire Grégoire Haddad ». En dépit du verdict du Saint- Siège qui a affirmé que les écrits de l’évêque de Beyrouth ne contredisaient en rien les fondements de la foi chrétienne, Mgr Haddad a été malgré tout destitué de l’archevêché de Beyrouth et de Jbeil tout en restant évêque et membre du synode melkite.


« Evêque rouge », mais aussi, pour de nombreux observateurs « évêque des pauvres ». Car le père Grégoire a consacré une grande partie de sa vie à l’action sociale. Il avait fondé ainsi à la fin des années 50 le Mouvement social qui poursuit son action jusqu’à aujourd’hui. Pour le père Grégoire, l’action sociale était perçue sous l’angle du développement socio-économique. À cette fin, il avait mobilisé des centaines de jeunes, dans les milieux scolaire et universitaire, sous le thème du volontariat au service des plus démunis.
Cette sensibilité à l’égard des couches les plus défavorisées de la population puise sa source, à n’en point douter, dans l’origine sociale modeste du père Grégoire. De son vrai nom Nakhlé, il est né en 1924 dans un petit village du caza d’Aley, Souk el-Gharb, où son père (d’origine protestante) était enseignant dans une école privée de la région. Dès son plus jeune âge, Grégoire a suivi des études de théologie à l’Université Saint-Joseph. Il a été ordonné prêtre en 1949 et a été désigné archevêque melkite de Beyrouth et de Jbeil en 1968, l’une des fonctions les plus importantes au sein de sa communauté, après celle du patriarche, en raison du poids politique, social, économique et religieux que représente ce diocèse.


Réputé pour son style de vie simple et modeste, il rejetait l’apparât traditionnel des prélats et se déplaçait même en taxi-service, tout évêque de Beyrouth qu’il était. Il avait fondé au sein des paroisses de son diocèse des conseils paroissiaux pour stimuler la participation des civils à la vie de l’Église, en conformité avec les recommandations du Concile Vatican II. Il avait institué dans ce cadre le système de services paroissiaux gratuits pour les baptêmes, mariages et obsèques, en contrepartie d’une contribution volontaire de la part des paroissiens. Ces contributions étaient versées dans une caisse commune dont les revenus étaient redistribués à égalité aux curés des paroisses, ce qui plaçait ainsi les paroisses « riches » et les paroisses « pauvres » sur un même pied d’égalité. Du fait de cette mesure avant-gardiste, il s’était aliéné une partie du clergé de son diocèse ainsi qu’une partie des grands notables de sa communauté.


Mgr Grégoire Haddad était, à n’en point douter, l’une des personnalités religieuses les plus controversées de l’histoire contemporaine du Liban… Sa perception particulière de l’action sociale, ainsi que de la mission du prélat et du clergé, ainsi que ses idées révolutionnaires sur la pratique de la religion chrétienne lui ont valu de nombreuses critiques et son parcours en tant qu’homme de religion a été souvent la cible d’une vaste campagne de dénigrement. Paru en 2012 aux éditions L’Orient-Le Jour, le livre de Michel Touma, Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle (traduit en arabe), permet dans ce cadre de rétablir les faits et donne l’opportunité aux lecteurs de juger, aujourd’hui, sur pièce.

Pour mémoire

Grégoire Haddad, par Michel Touma
L’ère Grégoire Haddad, « un évêque pour après-demain », est enfin là

Grégoire Haddad. Évêque laïc, évêque rebelle

Débat autour de la biographie de Grégoire Haddad : être militant face aux réalités

Grégoire Haddad, un humanisme incompris

Noël : les évêques de France tentent de réconforter un pays inquiet

(RV) Dans plusieurs pays, les vœux des évêques, à l’occasion de Noël, sont en lien étroit avec une actualité souvent dramatique et appellent à la cohésion. Ceci est particulièrement vrai cette année en France.Ainsi l’archevêque de Paris ne manque pas d’évoquer «les attentats mortels et destructeurs» qui ont frappé la capitale en janvier et en novembre. Mais il souligne que «ces événements tragiques ont été pour les Français, l’occasion de prendre conscience qu’il y avait des liens qui les unissaient par-delà leurs différences et leurs divergences de convictions et de croyances»Le cardinal André Vingt-Trois évoque aussi des événements positifs importants comme la session du synode consacré à la famille à Rome au mois d’octobre, ou plus récemment la COP 21 réunie à Paris. L’archevêque de Paris souhaite que l’année 2016 porte du fruit dans ces deux directions : dans notre capacité à développer la cohésion entre nous et à éclairer cette cohésion à la lumière de la foi. A la suite de l’encyclique Laudato Sì du Pape François, le cardinal Vingt-Trois invite les fidèles à entrer dans de nouveaux modes de vie pour lesquels chacun est sollicité.

L'archevêque Grégoire Haddad n'est plus

Couverture de l’ouvrage de Michel Touma, “Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle”, aux éditions L’Orient-Le Jour.

L’archevêque grec catholique Grégoire Haddad est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l’âge de 91 ans, des suites d’une longue maladie.

Né en 1924 à Souk el-Gharb, Grégoire Haddad a été archevêque grec-catholique de Beyrouth et de Jbeil de 1968 à 1975. De son vrai prénom Nakhlé, il se fait appeler Grégoire après avoir été ordonné prêtre en 1949. Il fait ses études théologiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Réputé pour son style de vie simple et modeste, il a consacré toute sa vie au travail social qu’il perçoit sous l’angle du développement. En 1974, il publie une série d’articles révolutionnaires dans lesquels il soulève des interrogations sur la conformité des structures de l’Église et des pratiques chrétiennes avec le véritable enseignement du Christ. Ses écrits mobilisent les jeunes et la société civile, mais débouchent sur sa destitution en août 1975.

Lire aussi

Grégoire Haddad, par Michel Touma

L’ère Grégoire Haddad, « un évêque pour après-demain », est enfin là

Grégoire Haddad. Évêque laïc, évêque rebelle

Bataclan : un prêtre rappelé à l'ordre par son évêque

Lors d’une homélie donnée peu après les attentats du 13 novembre, le P. François Schneider, curé de la paroisse de la Sainte-Trinité, à Wisembach, dans les Vosges, avait semé le trouble parmi ses fidèles en saluant la mémoire des personnes tuées aux terrasses de café parisien ce soir-là, mais refusant de rendre hommage aux victimes du Bataclan, qui selon lui assistaient à un concert « inspiré par Satan ».

Alors que certains paroissiens ont refusé de prendre la communion en signe de protestation, le maire de la commune de Ban-de-Laveline, Stéphane Demange, qui assistait à l’office, a décidé d’en informer l’évêque de Saint-Dié, Mgr Jean-Paul Mathieu.

Après convocation, ce dernier a demandé au P. Schneider de rédiger un texte d’excuses qui devra être soumis à sa validation. « Il doit reconnaître que ses propos sont inconséquents et intolérables », a indiqué à La Croix le P. Pierre-Jean Duménil, vicaire général du diocèse. « Ce ne sont pas des propos à tenir dans une homélie », a-t-il ajouté.

« Propos extrêmes »

D’après le P. Duménil, « ce n’est pas la première fois que l’abbé Schneider tient des propos extrêmes ». À la suite de cet épisode, un texte a été adressé aux prêtres et aux coordinateurs pour exprimer la position du diocèse. « Aucun amalgame ne doit être fait entre vie culturelle et vie religieuse », précise notamment ce communiqué. Toute parole publique sera interdite au P. Schneider « à la moindre récidive ».

Le cas de ce prêtre n’est pas sans rappeler celui du P. Hervé Benoît, chapelain à la basilique de Fourvière, qui avait publié sur le site traditionaliste Riposte catholique une tribune dans laquelle il qualifiait les spectateurs du Bataclan de « morts vivants » et de « frères siamois » de « leurs assassins ».

Le prêtre avait lui aussi rencontré l’archevêque du diocèse, le cardinal Philippe Barbarin, qui s’était dit « consterné » par ce texte « très blessant ». En accord avec l’évêque de Bourges, où le P. Benoît est incardiné, l’archevêque de Lyon l’avait suspendu de ses fonctions, lui demandant de se « retirer immédiatement » dans une abbaye pour « prendre un temps de prière et de réflexion ».

Les évêques américains condamnent les propos de Donald Trump sur les musulmans

Dans un communiqué diffusé lundi 14 décembre, Mgr Joseph Kurtz, archevêque de Louisville et président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis, dénonce sans le nommer les propos de Donald Trump sur les musulmans.

Une semaine auparavant, ce dernier a en effet suggéré de mettre fin à l’immigration musulmane « jusqu’à ce que les élus de notre pays comprennent ce qui se passe ». Il avait déjà suggéré un peu plus tôt que les musulmans soient fichés et demandé la fermeture de certaines mosquées. Des propositions provocatrices mais qui rencontrent un fort écho dans la population.

> Lire aussi : Les musulmans face à la fièvre islamophobe

Évoquant les récentes fusillades meurtrières qui ont récemment frappé les États-Unis, Mgr Kurtz a cherché à calmer les esprits, alors que la crainte d’attentats se fait de plus en plus vive. « Voir des vies innocentes être prises et se demander si la violence atteindra nos familles remue à juste titre nos émotions protectrices les plus profondes », souligne-t-il ainsi dans son message, appelant toutefois à « résister à la haine et la suspicion qui mènent à des politiques discriminatoires ». Et d’appeler également avec mesure à une « régulation raisonnable des armes à feu ».

« Nous devrions appliquer des lois d’immigration humaines et qui garantissent notre sécurité, mais ne devrions jamais cibler des catégories particulières de la population en fonction de leur religion », suggère encore prudemment Mgr Kurtz.

Défendre la liberté religieuse

Cette déclaration intervient au terme d’une semaine riche en réactions à la proposition du candidat à la primaire du parti républicain américain, mettant à la fois en avant l’importance de la liberté religieuse et la mission de charité de l’Église.

Quelques jours plus tôt, à Rome, Mgr William Lori, archevêque de Baltimore, avait lui aussi exprimé sa désapprobation face aux propos de Donald Trump, qui représentent à ses yeux une menace pour la « liberté religieuse ».

Quant à Mgr Allen Vigneron, archevêque de Détroit, il a décidé d’adresser une lettre à son clergé dans laquelle il met en garde contre la proposition de Donald Trump, tout en rappelant que l’Église n’a pas vocation à appuyer ou condamner les candidats politiques. « Restreindre ou sacrifier les droits et libertés de religion par peur – au lieu de les défendre et de les protéger au nom du respect mutuel et de la justice – est une réflexion qui fracture les fondements mêmes de la moralité du pays », assure-t-il ainsi dans son courrier.

« Démagogie dégoûtante »

Mgr Joseph Tobin, archevêque d’Indianapolis, a également évoqué le sujet sur le site de son diocèse, après que le gouverneur de son État a demandé de ne pas héberger une famille syrienne tant que le Congrès n’a pas validé de nouvelles lois sur l’immigration.

« Depuis 40 ans, les services du diocèse pour les immigrés et les réfugiés ont accueilli des personnes fuyant la violence en provenance de plusieurs régions du monde, relève-t-il, cela fait partie intégrante de notre identité en tant que catholiques et nous continuerons cette tradition de sauver des vies. »

De leur côté, plusieurs responsables baptistes ont eux aussi critiqué la proposition du sulfureux candidat. Cette idée, affirme ainsi Brent Walker, directeur du Comité baptiste commun pour la liberté religieuse, est « non-américaine, impraticable, contre-productive et embarrassante. Ce n’est rien de plus qu’une démagogie dégoûtante, qui exploite la peur populaire et utilise la bigoterie anti-musulmane ambiante à des fins politiques. »

Un évêque, un diocèse Bruxelles-Malines, un diocèse multiple

« Monsieur, il n’y a pas de diocèse de Bruxelles : c’est le diocèse de Malines-Bruxelles. » Le journaliste français est d’emblée mis dans le bain par la précision : c’est bien un diocèse multiple et multiforme qui a accueilli samedi son nouvel archevêque, Mgr Jozef De Kesel, nommé le 6 novembre dernier pour succéder Mgr André-Joseph Léonard (1). Presque trois diocèses, en fait, tant les trois vicariats – Brabant flamand, Brabant wallon et Bruxelles – ont depuis longtemps une forte autonomie.

Linguistique à l’origine, la division se double aujourd’hui d’une séparation pastorale entre la riche partie néerlandophone, mais où la culture catholique s’est effondrée en une génération, et les régions francophones, plus pauvres et touchées plus tôt mais moins brutalement par la sécularisation.

144 nationalités cohabitent sur 1 km2

Aucune hostilité cependant entre les prêtres des deux côtés, mais plutôt une coexistence pacifique et bien deux pastorales parallèles. « Nous sommes isolés linguistiquement, reconnaît Mgr Léon Lemmens, évêque auxiliaire pour le Brabant flamand. Nous aurions pourtant besoin de l’accès à la riche culture catholique francophone. »

Grâce à la francophonie, le Brabant wallon a ainsi pu bénéficier de l’apport de prêtres étrangers, qui donnent à cette partie du diocèse un visage moins vieillissant. Mais cet apport étranger est encore plus sensible à Bruxelles, ville officiellement bilingue mais cosmopolite et multiculturelle. « Un Bruxellois sur deux est né hors de Belgique, et c’est la même proportion pour les prêtres », résume Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire pour Bruxelles. À Saint-Josse, la plus petite commune de la ville, 144 nationalités cohabitent sur 1 km2 .

« Ces communautés diverses apportent aux paroisses leur vitalité », explique le P. Michel Christiaens, curé à Forest, une commune au sud-ouest de Bruxelles. Brésiliens, Polonais, Roumains… les paroisses communautaires de Bruxelles sont les plus vivantes. Dans les autres paroisses, Africains et Français transforment le visage du catholicisme belge.

« Du riz à l’indienne au gâteau au chocolat belge »

« La pastorale sacramentelle est nourrie par les populations d’origine étrangère », constate le P. Christiaens pour qui le défi de l’Église bruxelloise est justement de s’adapter non seulement à la diversité linguistique mais aussi à celle des formes d’expression de la foi.

Le risque serait en effet de juxtaposer des communautés. « Il ne faut pas être mitoyens mais citoyens », résume Mgr Kockerols. « Cette multiculturalité est vraiment une chance. En apprenant à accueillir l’autre différent, on a plus de facilité à nous accueillir mutuellement, explique Sœur Anne Peyremorte, religieuse française et coordinatrice d’une paroisse à Schaerbeek. Une fois par mois, nous faisons un grand dîner dans l’église : cela va du riz à l’indienne au gâteau au chocolat belge. Il y a là quelque chose de l’ordre du royaume. »

« Les communautés les plus dynamiques sont celles où la dimension fraternelle est la plus marquée », relève un prêtre français installé depuis peu à Bruxelles, qui voit là un défi pour l’Église belge. « C’est une exigence pour annoncer l’Évangile, ose même Mgr Lemmens. Si les chrétiens vivent ensemble l’amour de Dieu, alors ils pourront irradier dans cette société atomisée où les réseaux humains sont brisés. C’est cette âme, cette vision que nous pouvons donner au pays. »

***

L’initiative :  une « démarche de progrès » pour les prêtres du Brabant wallon

Le vicariat du Brabant wallon a mis en place une démarche originale pour accompagner ses prêtres au moment où, dans la société, la place de l’Église est mise en question et où les laïcs y prennent de plus en plus de place. Inspirée par une initiative du diocèse de Metz, cette « démarche de progrès » est un outil d’accompagnement inspiré du monde de l’entreprise, mais adapté au ministère du prêtre.

Dès mars 2016, les outils seront proposés aux prêtres qui se constitueront en groupes de trois pour échanger et avancer ensemble dans « un cheminement de co-conseil », explique le P. Éric Mattheeuws, adjoint de l’évêque auxiliaire, qui a déjà fait le tour de l’ensemble des doyennés pour présenter la démarche aux prêtres : régulièrement, ceux-ci pourront aussi faire personnellement le point avec l’évêque.

« Tous me disent combien ils sont heureux d’être rejoints dans leurs besoins et compris dans leurs difficultés », raconte le P. Mattheeuws qui a conscience que, même si les prêtres sont encore nombreux dans le vicariat (grâce notamment à l’apport de prêtres étrangers), leur ministère est en pleine évolution. « Il ne s’agit pas de redéfinir théologiquement le rôle du prêtre, mais de lui donner les outils pour clarifier sa mission, élaborer ses objectifs et se développer. »

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Le défi : dialoguer avec une société sécularisée

Avortement, suicide assisté, gestation pour autrui… En quelques années, la Belgique est devenue un des pays les plus « avancés » d’Europe sur ces sujets. « Le symptôme d’une société entièrement individualisée et de moins en moins solidaire », regrette Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire de Bruxelles, qui rappelle que le précédent archevêque, Mgr Léonard, a souvent pris position. Quitte à être régulièrement caricaturé et présenté sans nuance, au point d’être devenu clivant malgré lui.

« C’était un passionné du débat argumenté », relève l’évêque : selon lui, son successeur « a une tout autre approche » : « Il va essayer de persuader en rejoignant l’autre ». Une nécessité, tant l’Église est devenue inaudible dans un pays très sécularisé et où la crise pédophile a sérieusement entamé sa crédibilité.

« Appeler au respect et à l’amour, voilà la mission de l’Église, a insisté le nouvel archevêque de Malines-Bruxelles lors de son installation samedi à Malines. Voici l’espace qu’elle recherche dans notre société pluraliste et moderne. Rien de plus, mais aussi rien de moins. »

Pour nombre de chrétiens, c’est aujourd’hui en insistant sur la solidarité entre générations, mais aussi face à la maladie, à la souffrance ou à la solitude que l’Église réussira à interpeller une société belge de plus en plus individualiste.

Cinq évêques sud-coréens en visite en Corée du Nord

… entreprendre sur la cathédrale de Changchung, à Pyongyang, l’unique lieu de culte catholique du pays, et de développer, autant que faire se peut, les relations entre les catholiques de Corée du Nord et ceux de Corée du Sud. Parmi eux, l’archevêque de Gwangju et les évêques de Daegu, Uijeongbu, Chuncheon ainsi qu’un représentant de l’abbaye de Waegan.

« J’espère qu’à l’avenir, davantage de prêtres sud-coréens pourront se rendre en Corée du Nord et y célébrer la messe », a déclaré Mgr Kim Hee-jong, archevêque de Gwangju, à l’agence NKnews, le 1er décembre. « Il y a beaucoup d’interrogations au sujet des catholiques nord-coréens. Ceux que nous rencontrons sont-ils de véritables catholiques ? J’espère que cette rencontre va nous permettre d’accepter sans réserve leur manière de pratiquer leur foi et nous permettre de développer des relations entre les deux Eglises », a ajouté l’archevêque de Gwanju.

Pour le P. Lee Young-seok, porte-parole de la Conférence des évêques catholiques de Corée du Sud, bien que ce ne soit pas la première fois que des évêques sud-coréens se rendent en Corée du Nord, c’est la première fois que « cinq évêques sont invités personnellement par Kang Ji-young, le président de l’Association catholique de Corée (organe officiel du régime nord-coréen). Jusqu’à récemment, les seules relations que nous avions avec la Corée du Nord passaient par le biais de programmes humanitaires », a-t-il précisé.

Autre élément discret mais peut-être significatif : deux administrateurs apostoliques de territoires ecclésiastiques situés en Corée du Nord font partie de la délégation des évêques invités à Pyongyang : Mgr John Chang Yik, évêque de Chuncheon (1) et administrateur apostolique de Hamhung, ainsi que le père abbé Simon Peter Ri Hyeong-u, de l’abbaye bénédictine de Waegan, administrateur apostolique du territoire de l’abbaye de Tokwon.

Assiste-ton aux prémices d’une amélioration des relations entre les deux Eglises de Corée, ou simplement à une rencontre de plus, organisée de toute pièce par le régime nord-coréen dans le but de démentir l’absence de liberté religieuse ? Difficile pour l’heure de se prononcer… Pourtant, force est de constater que les rencontres entre les deux pays se sont intensifiées ces derniers mois, après une période de statu quo.

Le 25 août dernier, des responsables de haut niveau des deux Corée étaient tombés « d’accord pour que Séoul et Pyongyang entretiennent des relations à court terme, afin d’améliorer les liens nord-sud, et établissent des négociations et un dialogue à multiple-facettes », pouvait-on lire dans le document officiel de cette rencontre. Le 26 novembre dernier, les autorités des deux Corées se sont de nouveau rencontrées, à Panmunjom (2). Les deux délégations devaient, entre autres, évoquer de possibles entretiens à haut niveau qui pourraient relancer une coopération économique et humanitaire avec le Nord. Selon le JoongAng Daily, c’est lors de cette réunion qu’a été confirmée la rencontre du 11 décembre prochain entre de hauts dirigeants nord- et sud-coréens, une première depuis huit ans, les deux derniers sommets bilatéraux remontant à 2000 et à 2007.

Néanmoins, pour Cheong Seong-chang, chercheur au Sejong Institute de Séoul, le fait que la prochaine rencontre rassemble des vice-ministres des deux pays, et non pas les ministres eux-mêmes, prouve « un manque réel de volonté de la part des deux pays à franchir une étape décisive dans le processus de négociation. Il existe un fossé énorme entre les capacités d’actions d’un ministre du gouvernement et celles d’un simple vice-ministre », analyse-t-il.

(eda/nfb)

Politique – Avant le 1er tour des élections L'évêque de Verdun : « Attention aux extrêmes ! »

04/12/2015 à 05:00

Verdun. À la « veille » d’un 1er tour des élections régionales qui s’annonce mouvementé, on s’agite visiblement dans les couloirs de certains diocèses.

Sur la même ligne que Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la conférence épiscopale, ou encore plus récemment de l’archevêque de Lille, Mgr Ulrich, Mgr Gusching, évêque de Verdun, monte au créneau en prévenant les fidèles : « Au lendemain de ces terribles attentats, avec tant de gens qui vivent aujourd’hui dans la peur, je dis simplement attention aux extrêmes… ! » Il développe son chemin de pensée résolument citoyen : « Nous redisons notre estime aux différents candidats qui osent se confronter au terrain électoral. Nous honorons l’engagement politique, quand il pense au sort des petits et des humbles ; au respect de la vie et de la dignité de la personne humaine ; aux politiques sociales et familiales, à l’éducation des jeunes ; aux dialogues entre les religions et avec tous les courants de pensée ; quand il développe un langage d’ouverture et d’engagement ; quand il est vécu dans la recherche du bien commun. » Plus généralement, l’évêque de Verdun clame ouvertement : « Citoyens et chrétiens, nous avons le devoir d’aller voter pour dire notre participation à la vie de notre région, de notre pays et notre liberté d’expression ».

Chacun y puisera assurément une source d’inspiration à l’heure de se présenter dimanche dans l’isoloir et de faire son choix face aux neuf listes en lice. Il reste que cette démarche citoyenne de Mgr Gusching demeure, à ce jour, bien singulière en Lorraine.

L. M. :