Catholiques

Rôle de l’évêque

Au sein de l’Église locale

L’évêque est considéré par l’Église catholique comme successeur des apôtres, et à ce titre, il est Docteur de la foi, chargé de l’enseigner et de la transmettre avec fidélité.

L’Église catholique reconnaît en l’évêque le ministre de Dieu, vicaire de Jésus-Christ. Il exerce ses fonctions spirituelles au sein d’une circonscription appelée diocèse ; dans l’Église orientale on parle d’éparchie. Il réside normalement dans la ville où se trouve sa cathédrale ; cette ville et sa demeure épiscopale sont appelées évêché.

L’évêque est avant tout celui qui préside l’assemblée des fidèles et plus précisément l’eucharistie (mais il peut déléguer à cet effet un prêtre). Dans son Église locale (ou patriarcale, ou même universelle) il est le principe de l’unité visible des fidèles. C’est ainsi que le présente la constitution dogmatique Lumen Gentium

«  Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières ; celles-ci sont formées à l’image de l’Église universelle, c’est en elles et par elles qu’existe l’Église catholique une et unique. »

Il est chargé de veiller sur son Église locale, d’assurer la liturgie, l’enseignement de la foi catholique et le service aux plus démunis. Il peut convoquer un synode diocésain pour l’aider à discerner les orientations pastorales pour son diocèse. Il est assisté dans sa tâche par des diacres et des prêtres, ou même des laïcs, dument mandatés. Ses plus proches collaborateurs étaient autrefois les archidiacres ; on les appelle aujourd’hui vicaires épiscopaux et vicaires généraux. L’évêque est également assisté de conseils presbytéraux parmi lesquels se trouve le chapitre cathédral.

Les sacrements que seuls les évêques peuvent administrer sont :

  • la confirmation (déléguée aux prêtres diocésains, mais l’onction est effectuée avec l’huile chrismale bénie par l’évêque)
  • le sacrement de l’ordre : ordination diaconale et presbytérale, consécration épiscopale

Théologie de l’épiscopat

Dans la théologie de l’épiscopat on peut distinguer trois éléments constitutifs, de droit divin, de la fonction épiscopale, et tous les trois également d’origine apostolique  :

  • la titulature attribuée par l’élection, ou la désignation canonique, qui investit du droit au siège ;
  • le pouvoir d’ordre, conféré par l’imposition des mains, ou ordination épiscopale, qui alloue les pouvoirs sacramentels ;
  • la juridiction, assumée au moment de la prise de possession du siège, ou investiture, qui confère l’autorité spirituelle et administrative immédiate sur une portion donnée du peuple de Dieu, l’Église particulière : diocèse, ou éparchie, ou patriarcat, ou même l’ensemble de l’Église universelle (dans le cas précis du pontife romain).

Ces trois éléments, normalement unis et coordonnés l’un à l’autre, peuvent être accidentellement disjoints. La titulature et la juridiction peuvent varier, en cas de démission, ou de mutation de siège, par exemples. Le pouvoir d’ordre est donné pour toujours : sacerdos in aeternum.

La titulature et la juridiction sont distinctes pour chaque évêque ; ce sont elles qui constituent la hiérarchie ecclésiastique. Le pouvoir d’ordre, quant à lui, est unique et identique pour tous les évêques. Il fonde ce qu’on appelle la collégialité épiscopale. Tous trois, titulature, pouvoir d’ordre et juridiction, sont une participation au sacerdoce du Christ, unique vrai prêtre et pasteur.

Attributs de l’évêque

Exemple d’Anneau pastoral portant le chrisme

Éléments communs des armoiries des évêques

L’évêque dans l’église catholique se reconnait à différents attributs :

  • Il porte une croix pectorale et un “anneau pastoral” (anneau épiscopal) ;
  • Son costume ecclésiastique (ou livrée) est violet ;
  • Il porte une mitre lors des cérémonies liturgiques ;
  • Il dispose d’une crosse symbole de sa fonction de pasteur ;
  • Il se choisit une devise épiscopale ;
  • Il a des armoiries composées d’un écu propre à chaque évêque entouré d’ornements extérieurs communs à tous les évêques: un « chapeau » dont la couleur dépend du grade du clerc rouge pour les cardinaux, violet pour les évêques et archevêques, vert pour les évêques assistants au trône pontifical et noir pour les chanoines sous l’Ancien Régime « accompagné d’une cordelière dont le nombre de houppes et la couleur varient de même en fonction du grade du clerc six , dix ou quinze. L’écu est posé sur une croix de procession à une traverse. »

Nomination et consécration

Dans l’Église catholique, les évêques sont nommés par le pape, à partir de listes transmises à Rome par le nonce apostolique, établies par les évêques d’une même province ou même région ecclésiastique. Chaque évêque a le droit de faire des propositions.

Dans le passé, la désignation des évêques a souvent donné lieu à des luttes entre les pouvoirs politiques et l’Église romaine, par exemple la fameuse querelle des Investitures, au XIe siècle, entre les papes et les empereurs romains germaniques.

De nos jours, les évêques sont nommés par le Saint-Siège, cette règle connaissant des exceptions, comme en France pour l’évêque aux armées qui est fonctionnaire, pour l’archevêque de Strasbourg, et l’évêque de Metz, qui sont nommés formellement par le Président de la République française, (cf. Concordat en Alsace-Moselle pour plus de détails) et quelques diocèses de Suisse. D’autre part, dans les Églises orientales catholiques, les évêques des Églises patriarcales et archiépiscopales majeures sont désignés par le synode ou par le patriarche.

En France, même en dehors de l’Alsace-Moselle, en vertu d’un accord diplomatique avec le Saint-Siège, le gouvernement a son mot à dire dans la nomination des évêques, en ce qui touche leur profile politique et non spirituel.

La consécration est un sacrement (ordination épiscopale) conféré par au moins trois évêques ; c’est même le degré supérieur du sacrement de l’ordre (on parle de “plénitude du sacerdoce”). Il doit être conféré dans la communion avec l’évêque de Rome (le pape), c’est-à-dire avec au moins son approbation. Si ce n’était pas le cas, l’ordination est considérée comme illicite et les consacrants comme le consacré encourent l’excommunication. De telles consécrations illicites peuvent déboucher sur des schismes.

Révocation et renonciation

Un évêque peut être démis de ses fonctions par le Pape : c’est très exceptionnel. Cela a été le cas pour Jacques Gaillot en 1995, Jean-Claude Makaya Loemba, évêque Pointe-Noire (Congo Brazzaville) le 31 mars 2011, de William Morris, évêque de Toowoomba (Australie) le 2 mai 2011, ce dernier ayant pris des positions “opposées à la doctrine de l’Église” sur des sujets tranchés de façon définitive, comme l’ordination des femmes (canon 750 § 2 ; cf Ad Tuendam Fidem et sa Note doctrinale). Cela s’était produit aussi en France sous la pression de Napoléon.

Dans certaines circonstances, un évêque peut ou doit renoncer à son titre. Le canon 401 du code de droit canonique de 1983 prévoit que les évêques doivent présenter leur démission au pape lorsqu’ils atteignent la limite d’âge de 75 ans, pour raison de santé ou « pour toute autre cause grave », sachant que le pape peut refuser ou patienter pour répondre, et prolonger leur office au-delà de cet âge ou de cette demande de renonciation. Lorsque la démission est acceptée, le pape peut les nommer évêque émérite.

À titre d’exemple, on peut citer le cardinal Jean-Marie Lustiger devenu à 78 ans archevêque émérite de Paris dès la nomination d’André Vingt-Trois comme nouvel archevêque de Paris.

À la suite d’un désaccord sur la question des abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique, l’archevêque Adam Joseph Maida, lui-même soumis à une demande en ce sens du préfet de la Congrégation pour les évêques du Vatican, Giovanni Battista Re, demanda et obtint en 2006 la démission de Thomas Gumbleton, évêque auxiliaire de Detroit déjà atteint par la limite d’âge. Dans le cadre de l’épuration à la Libération en France, le gouvernement français négocia avec le Saint-Siège qui devaient être les prélats qui devaient démissionner.

Article détaillé : Jean XXIII – Nonce en France.

Dignités particulières

Certains évêques sont créés cardinaux, et deviennent alors électeurs du pape dans le cas d’un conclave (s’ils ont moins de 80 ans). Les évêques portent le titre d’archevêque quand ils sont à la tête d’un archidiocèse. Ils sont appelés archevêques métropolitains si le siège est le chef-lieu d’une province ecclésiastique; ils arborent alors le pallium. D’autres évêques sont patriarches : le pape, évêque de Rome, est patriarche d’Occident (en mars 2006, le pape Benoît XVI a décidé de ne plus faire usage de ce titre, mais en demeure titulaire). Certains évêques catholiques disposaient avant le XIXe siècle de pouvoirs temporels importants, tels les Princes-Évêques dans les pays germaniques, ou le pape dans les États pontificaux. Les deux seuls endroits où subsiste un tel fait sont l’État de la Cité du Vatican, dont le pape est souverain, et la Principauté d’Andorre, qui a deux coprinces, dont l’un est un évêque espagnol, l’évêque d’Urgel (l’autre étant le Président de la République française).

Rôles spécifiques

Évêque auxiliaire

Un évêque auxiliaire est un évêque à part entière. Il aide l’évêque en charge d’un diocèse important. Il n’a pas de juridiction directe sur le diocèse, mais il reçoit l’ordination épiscopale, et il est nommé à un siège titulaire d’évêque.

Ses fonctions recoupent en partie celles d’un vicaire général. Mais il existe un certain nombre de tâches où l’intervention d’un évêque est obligatoire, que ne peut pas faire un vicaire général.

Évêque coadjuteur

Un évêque coadjuteur est destiné à succéder à un évêque appelé à prendre bientôt sa retraite. Il dispose d’un pouvoir presque équivalent. La nomination d’un coadjuteur permet une transition sans interruption entre deux épiscopats.

Évêque titulaire

Cet évêque n’a en fait pas de diocèse propre à gouverner, mais il lui est attribué le titre d’un ancien évêché, désormais disparu, pour justifier son élévation au rang d’évêque. Ainsi, bien que sans fidèle, il peut être ordonné. C’est le cas des évêques appelés à des fonctions administratives au sein de la curie romaine ou de la diplomatie vaticane, ou des évêques auxiliaires.

Une dénomination ancienne, obsolète depuis 1882, du siège titulaire, était diocèse in partibus infidelium (« dans les contrées des infidèles » : tels un ancien évêché d’Afrique du Nord comme Hippone, ou des États latins d’Orient, comme Édesse, Tripoli, Amorium, Ilium, etc), c’est-à-dire autrefois chrétiennes. Cependant, des sièges titulaires portent le nom de diocèses disparus dont le territoire était situé dans des diocèses contemporains (Abercorn en Écosse, par exemple).

Un cas particulier est celui de Jacques Gaillot, qui, suite à son refus de démissionner de sa charge d’évêque d’Évreux, a été nommé évêque de Parténia, en Algérie, chaque évêque devant être titulaire d’un siège. Le fait d’être évêque (théorique) d’un lieu mal situé est considéré par certains comme une sanction, d’autant plus qu’il n’a même pas la possibilité d’y résider. Jacques Gaillot a été transféré à un siège fictif, mais non pas déposé, encore moins excommunié. C’est une sanction, mais adoucie.

Article détaillé : Siège titulaire.

Évêque émérite

Le titre d’évêque émérite ou archevêque émérite peut – et c’est le plus souvent le cas – être attribué par le pape à un évêque qui a démissionné de son office pour raison d’âge ou autre. Voir ci-dessus le paragraphe « Révocation et renonciation ».

Administrateur apostolique

Un administrateur apostolique est un évêque chargé de diriger temporairement un diocèse vacant en l’attente de la nomination d’un titulaire. C’est parfois l’évêque émérite qui assure ce rôle, ou bien l’évêque d’un diocèse voisin. Un diocèse sans évêque titulaire peut également être géré provisoirement par un prêtre, on parle dans ce cas-là d’administrateur diocésain.

Bibliographie: Anne Bamberg, “L’administrateur apostolique. Réalités complexes et vocabulaire flottant. Questions autour du droit canonique”, in Ius Ecclesiae, 19, 2007, p. 409-429.

Évêque laïc

Au Moyen Âge, certains membres de la noblesse peuvent acquérir le titre d’évêque sans être ordonnés ni consacrés, par exemple : Guillaume II de Diest, Léopold Guillaume d’Autriche, Léopold V d’Autriche-Tyrol ou Sigismond-François d’Autriche. Ils disposent ainsi des bénéfices des sièges épiscopaux tout en restant laïcs. Des évêchés pouvaient ainsi être tenus en fief, et revenir par héritage à des enfants en bas-âge.